Vingt mille jeux sous les mers : l’exploration sous-marine dans tous ses polygones
Plus populaires que jamais depuis leur création il y a plus de quarante ans, les jeux vidéos explorent toutes les thématiques que l’imagination humaine est capable de produire. L’océan est très présent dans de nombreuses productions vidéoludiques. Cependant peu de jeux ont pour thématique centrale l’exploration des fonds marins, la biodiversité ou l’écologie. J’ai plongé pour vous dans ma ludothèque pour dénicher quelques-unes de ces pépites rares et décortiquer les références aux sciences marines. Bienvenu dans le monde sous-marin pixelisé !
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Sauf mention contraire l’ensemble des images tirées des jeux ont été réalisées par l’auteur de l’article. Leur utilisation sans son autorisation est interdite.
Explorer l’océan sans se mouiller
Après avoir virtuellement regardé la mer depuis le littoral ou bien avoir effectué quelques incursions temporaires, il est temps de se pencher sur les jeux vidéos se déroulant exclusivement sous l’eau. Il s’agit ici d’aventures humaines ou robotiques où l’environnement marin, qu’il soit réaliste ou fantasmé, est au centre de l’expérience vidéoludique. L’ensemble de ces jeux vidéo s’inspire directement de nos connaissances scientifiques sur l’océanographie physique et les écosystèmes marins. Le point commun des quelques jeux vidéo dont je vais vous parler est de mettre au centre de l’expérience la vie marine et toute son exubérante diversité. Leur ordre d’apparition n’est pas anodin. Les premiers sont assez réalistes. Les derniers font la part belle à l’imagination débridée que seul l’océan peut inspirer. Prenez votre manette, chaussez votre masque de plongée et c’est parti pour d’incroyables aventures sous-marines sans se mouiller !
Ceci est le second article de la série « Vingt mille jeux sous les mers. Retrouvez le premier article ci-dessous.
Le réalisme de la découverte des abysses
Notre premier jeu vidéo, SubROV: Underwater Discoveries, nous propose une mission : explorer les abysses avec un véhicule contrôlé à distance, aussi nommé ROV (Remote Operated Vehicule en bon français). L’objectif est simple mais son atteinte ne l’est pas, car l’originalité de SubROV réside dans sa proposition d’une simulation d’exploration des fonds marins. Ici vous endossez à la fois la casquette de capitaine de navire océanographique, de chef de mission scientifique, de biologiste marin et de technicien opérateur de ROV. Vous devez barrer l’imposant navire de recherche pour l’amener sur site. Puis mettre à l’eau, descendre le ROV à la profondeur de mission et le relâcher à l’aide du portique arrière. Le tout en actionnant un tableau de commande relativement complexe.
L’exploration des fonds commence alors. L’interface du jeu est très immersive avec de nombreux panneaux et moniteurs de contrôle (position du navire et carte de la bathymétrie, caméra du ROV, commandes, sonar). Cela est très proche de la réalité. D’ailleurs, tout ce que vous verrez lors de vos explorations virtuelles existe bel et bien. Que ce soit le relief du fond, les phénomènes physiques et chimique, la biodiversité et les épaves. Le jeu se découpe en missions sur toute la surface de l’océan mondial avec des objectifs de recherche et d’observation divers. Il est important d’avoir à l’esprit que le jeu simplifie fortement le principe de l’exploration des grands fonds qui dans la réalité mobilise des équipages de plusieurs dizaines de personnes, demande des mois voire des années de préparation, durent plusieurs semaines voire plusieurs mois, et coûte des millions d’euros.

Pour comprendre la genèse et la justesse de ce formidable média de vulgarisation scientifique, il faut se pencher sur son origine. Le studio en charge du développement est sqr3lab. Derrière ce nom se cache un unique développeur : José Luis Gonzàlez. L’idée d’un jeu d’exploration réaliste lui est venu en regardant du contenu vulgarisé du NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) sur leurs explorations océaniques profondes. La pertinence scientifique de SubROV bénéficie du support de deux instituts de recherche américains spécialisés dans l’exploration profonde : le Bermuda Institute of Ocean Sciences et le Schmidt Ocean Institute. Le financement du projet est assuré par des fonds publics américains et européens.
Pour information, au moment de la rédaction de ces lignes (février 2026), le jeu est en accès anticipé. SubROV: Underwater Discoveries est régulièrement mis à jour avec l’ajout de nouvelles missions, de nouvelles espèces marine et de nouveaux environnements iconiques des profondeurs à explorer.
La plongée bio virtuelle
Si les grandes profondeurs vous terrifient mais que la plongée en scaphandre vous passionne alors j’ai le jeu, ou plutôt la série de jeux idéale pour vous : les jeux subaquatiques du studio japonais Arika. Leurs premiers essais dans ce domaine au début des années 2000 donnent les deux épisodes de la série Everblue sur PlayStation 2 : Everblue (2001) et Everblue 2 (2002). Dans les deux épisodes vous incarnez Léo, un plongeur qui cherche des trésors dans des épaves des mers tropicales. C’est dans ce cadre que notre protagoniste côtoie la biodiversité marine des récifs coralliens. Poissons, requins, coraux, tortues, dauphins. Le bestiaire est plutôt complet et bien modélisé pour le 3D encore jeune au début des années 2000, de même que les fonds coralliens bigarés. La vue à la première personne (à travers les yeux du personnage) rend les explorations subaquatiques très immersives.

Pour le studio Arika, la suite des aventures sous-marines se déroule sur les consoles Nintendo avec la série Endless Ocean. L’ambiance installé dans Everblue évolue dès le premier épisode éponyme (2007) sur Wii. Nous incarnons ici un plongeur chargé d’inventorier la biodiversité marine et de percer le mystère de mystérieuses ruines sous-marines dans la mer tropicale fictive de Manaurai. Avec plusieurs centaines d’espèces bien réelles à identifier et bien modélisées, nous avons ici l’un des jeux vidéo les plus complets dans ce domaine. L’ambiance sous-marine est très bien retranscrite par le son et la visibilité ainsi que par la nage de la faune. Les habitats marins sont également très diversifiés, entre récifs coralliens, étendues sableuses, grottes et fosse abyssale.
Pour faciliter notre exploration tout en douceur avec le capteur de mouvements de la manette (Wiimote), le réalisme de la plongée est totalement abandonné avec des temps et des profondeurs de plongée totalement irréalistes. D’autres libertés sont prises avec les espèces marines rencontrées. Les espèces tropicales sont très présentes ce qui est logique au regard du lieu où se déroule l’aventure. Cependant, il me semble que les ours blancs et autres manchots ne sont pas réputés pour fréquenter les écosystèmes coralliens.

En dehors de ces libertés pardonnables, ce qui dérange dans Endless Ocean est son atmosphère très commerciale de la plongée. Par exemple il faut nourrir et toucher les poissons dans l’eau pour les identifier. Ou encore, certaines missions consistent à faire plonger des clients fortunés qui arrivent sur notre bateau en jet ski. Et en grand final, il est possible de faire son propre aquarium en y mettant des requins, des dauphins et même des baleines. C’est un jeu de son époque avec une vision très années 2000 de la plongée et de l’environnement marin. Ne cherchez donc aucune conviction écologique dans cette production vidéoludique.
La série surfe sur la vague et un deuxième épisode dans la même veine, Endless Ocean 2 : Aventuriers des fonds marins, sort en 2009. La licence Endless ocean semblait morte en enterrée mais en 2024 débarque sur Nintendo Switch Endless Ocean Luminous. Plus d’espèces (dont certaines éteintes), des graphismes un peu plus actuels et un mode multijoueur viennent compléter l’aventure subaquatique.
Sous la surface de la Mer du Nord
Certains jeux ont une atmosphère très particulière qui laisse une impression durable. C’est le cas de Under the waves (2023) développé par les Français de Parallel Studio qui se déroule sous la surface de la Mer du Nord. Vous y incarnez Stanley un plongeur vivant sous l’eau pour réaliser la maintenance d’installations pétrolières. Mais très vite la routine quotidienne va prendre un tournant fantastique.
Ce jeu narratif passionnant nous offre l’opportunité d’explorer librement les fonds marins et leurs habitats ainsi que d’aller à la rencontre de la riche biodiversité. Cette dernière est globalement bien retranscrite fidèlement que ce soit par l’apparence ou les mouvements. Under the waves nous donne également un aperçu des techniques de plongée profonde qui permettent de rester plusieurs jours au-delà de 100 mètres de profondeur.

L’un des thèmes principaux de cette aventure vidéoludique est celui de l’environnement et de l’impact de nos activités sur le milieu marin. Cet aspect prend toute son ampleur avec la prise conscience grandissante de Stanley tout au long du jeu. Un partenariat avec la Surfrider Foundation permet notamment de sensibiliser le joueur à la pollution (le plastique, le trafic maritime, l’exploitation pétrolière) et à sons impact sur la biodiversité marine.
Un article complet du blog est consacré à Under the waves tant le jeu aborde de nombreux aspects du monde marin.
Ambiance zen et écosystèmes marins
Est-il possible de mêler biologie marine et voyage contemplatif dans un jeu vidéo ? La réponse est définitivement oui et Abzû y parvient parfaitement. Sur un monde aquatique, un plongeur androïde anonyme suit un mystérieux requin blanc dans les profondeurs de l’océan.
Ce voyage initiatique surréaliste nous fait traverser de manière intelligente une multitude d’habitats marins particulièrement bien reproduits par le studio américain Giant Squid. Des forêts d’algues parcourues par des poissons et des petits requins. Les abysses et leur biodiversité aux formes improbables. L’océan ouvert avec ses géants inlassables arpenteurs des espaces marins. Même les écosystèmes préhistoriques sont représentés avec brio. Chacun de ces biomes est représenté avec des espèces réelles. Le nom scientifique de chacune de ces dernières est d’ailleurs fidèlement fourni au joueur qui souhaite parfaire ses connaissances.

Pas d’objectif précis, aucune difficulté. Le but du jeu n’est pas de vous procurer du challenge. Abzû vous apporte bien plus. Le jeu vous offre une échappée subaquatique philosophique sur le rapport des civilisations à leur environnement et leur évanescence.
Survivre dans un océan extraterrestre
En nous enfonçant toujours plus en avant dans les abysses de la ludothèque subaquatique il est impossible de ne pas parler de Subnautica, le chef-d’œuvre de Unknown Worlds Entertainment sorti en 2018. Le pitch est simple : vous êtes Ryley Robinson, rescapé du crash de son vaisseau spatial sur une planète aux larges océans qui répond au doux nom de 4546B. Votre première mission : survivre dans un monde quasi totalement aquatique. Il s’agit donc au début de se nourrir et de s’hydrater tout en évitant de se faire croquer par les nombreux prédateurs et en faisant attention à une pléthore d’espèces alien dangereuses.
Passé cette phase haletante le jeu fait place à l’exploration et aux mystères. Une civilisation alien disparue, la contamination de l’environnement, des expéditions épiques, la construction de bases sous-marines ultramodernes et le sauvetage (fuite ?) de la planète. Tout ceci n’est qu’un prétexte pour s’enfoncer toujours plus loin dans l’océan. Profond. Toujours plus profond. Jusque dans les abysses.

Pour le bonheur du joueur, et des amoureux de la biodiversité marine, tout ceci n’est qu’un prétexte pour découvrir des espèces et des habitats marins inédits. Les biomes sont notamment très variés. Parfois inspirés directement d’habitats marins réelles (forêts d’algues, récifs corallien, sources hydrothermales, lacs de soufre). Ou alors totalement fantasmés comme les forêts de coraux géants en forme de champignons ou les prairies de plantes marines rouge.
Quant aux espèces marines c’est un écosystème marin qui est reconstitué avec des dizaines d’espèces animales et végétales de toutes les tailles. Chaque spécimen observé dispose ainsi d’une fiche détaillée sur ses caractéristiques anatomiques et ses traits de vie (régime alimentaire, reproduction, etc.). Le travail pour donner une cohérence scientifique à l’environnement de Subnautica est tout à fait exceptionnel.
Dans la suite directe Subnautica: Below Zero (2021) nous retournons sur la planète 4546B avec les mêmes mécaniques de jeu et toujours plus d’exploration. Cette fois ce sont les écosystèmes polaires qui sont mis à l’honneur et toute la biodiversité marine extraterrestre qui l’accompagne. Un vrai plaisir !

Le mot de la fin
Tout comme dans la première partie, je n’ai fait qu’effleurer le sujet des jeux vidéos subaquatiques. Et le plus important dans une œuvre vidéo ludique, ce n’est pas de lire ou de regarder du contenu qui en parle mais bien d’expérimenter soi-même ces aventures incroyables. Plus que jamais, le jeu vidéo se révèle être un merveilleux média pour vulgariser les sciences marines et pénétrer l’imaginaire des joueurs pour y introduire un peu de « marinité ».
Quels sont les ingrédients d’un bon jeu qui se déroule sous la surface ? Après avoir parcouru ces quelques jeux il est possible d’avancer quelques éléments de réponse.
Tout d’abord, il faut aux créateurs de jeux une bonne connaissance du fonctionnement de l’océan et des espèces qui y vivent. Même pour une œuvre de fiction qui se déroule sur une autre planète. C’est par exemple le type de recherche réalisées par les xénobiologistes qui investiguent très sérieusement les formes de vie en dehors de notre bonne vieille Terre.
Ensuite, il faut saisir l’ambiance sous-marine qui est totalement différente de celle sur la terre ferme. Cela passe beaucoup par le son qui arrive de toutes les directions, à la fois étouffé et amplifié. Il en va de même avec la masse d’eau liquide qui ralentie les mouvements humains. De plus, l’horizon marin n’est pas illimité. Il se termine dans une sorte de brume bleue de laquelle peuvent émerger des créatures étranges.
Enfin, la philosophie de l’œuvre vidéoludique est primordial. Parler de l’océan c’est autant parler de soi, que de l’environnement, des êtres vivants, de l’humanité et de son impact, du passé, du présent et de l’avenir. Et surtout de la découverte et de l’émerveillement.
Alors attrapez une manette et immergez vous virtuellement ! En espérant que cela ne soit qu’un faible préambule pour une découverte subaquatique bien réelle porteuse de passion pour l’océan.
L’auteur

Arnaud Abadie est un écologue marin et un photographe subaquatique. Biologiste marin en Méditerranée pendant dix ans, il est désormais chargé d’études milieu marin à l’Agence de l’Eau Artois-Picardie. Arnaud est le fondateur de Sea(e)scape et l’un de ses contributeurs régulier.