Quand nos déchets impactent les écosystèmes des grands fonds

Nos activités en mer créent de plus en plus de déchets qui impactent les fonds marins. C’est notamment le cas de ceux émis dans les grandes zones urbaines littorales et des engins de pêches abandonnés qui laissent des traces jusque dans les grandes profondeurs de la Méditerranée.

Les images de déchets observés jusque dans les fosses abyssales les plus profondes de la planète sont de plus en plus nombreuses. Même la fosse des Mariannes, avec ses presque 11 000 m de profondeur, n’est pas épargnée par ce phénomène. Si la présence de déchets à de grandes profondeurs est attestée, qu’en est-il de leur impact sur les habitats et la biodiversité ?

Même avec les moyens techniques actuels il est difficile de mener des études scientifiques à grande profondeur. Les humains n’ont pas directement accès à ce milieu qui semble aussi ardu à atteindre que l’espace. Ce sont donc principalement des sous-marins et des robots filoguidés (des ROV1) bardés d’instruments que nous envoyons dans les abysses pour en apprendre plus sur leur fonctionnement et leur richesse en organismes vivants.

Si nos connaissances des écosystèmes profonds est au mieux parcellaire, celle de l’impact de nos déchets est quasiment nulle. C’est dans l’optique de commencer à combler ce fossé de notre savoir scientifique qu’une équipe internationale, composée de chercheurs italiens, français et monégasques, a étudié la répartition des déchets et leur effet sur les communautés benthiques2 sur sept monts sous-marins entre 350 m et 2 200 m de profondeur dans la mer de Ligure en Méditerranée.

Pour cartographier avec précision ces fonds méconnus, un sondeur multifaisceaux (un équipement acoustique permettant de cartographier de grandes surfaces) a été monté sur un ROV. Des caméras haute résolution équipaient également le ROV, l’analyse des images permettant de différencier les déchets urbains (plastiques, métaux) de ceux liés à l’activité de pêches (fils, filets, flotteurs).

Cette investigation a fournit des résultats inédits dont notamment une information quantitative sur le nombre de déchets présents sur les grands fonds. Une densité de déchets de 38 000 objets par kilomètre carré a ainsi pu être observée à 2 200 m. Cette étude apporte de nouvelles informations sur le type de fonds sur lesquels se déposent les déchets. Les déchets urbains s’accumulent sur les fonds meubles (les sédiments) tandis que les déchets de pêche sont principalement observés sur les étages rocheux supérieurs des monts sous-marins. Ils impactent notamment plus de 10 % des peuplements de gorgones profonds.

Nos déchets ont donc un réel impact sur les espaces profonds de la Méditerranée. Les dommages aux écosystèmes observés durant cette étude sont jugés irréversibles et mettent en évidence la nécessité de mettre en place des mesures de gestion fortes pour réduire fortement la quantité de déchets rejetée en mer.


Référence : Angiolillo, M., Gérigny, O., Valente, T., Fabri, M. C., Tambute, E., Rouanet, E., … & Galgani, F. (2021). Distribution of seafloor litter and its interaction with benthic organisms in deep waters of the Ligurian Sea (Northwestern Mediterranean). Science of The Total Environment, 788, 147745 : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0048969721028163?via%3Dihub


Glossaire

1ROV : Remotely Operated Vehicle, un petit robot sous-marin contrôlé à distance généralement filoguidé

2Communautés benthiques : les organismes aquatiques (marins ou dulcicoles) vivant à proximité du fond des mers et océans, des lacs et cours d’eau.

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